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Aux origines lyonnaises de la Semaine de l'Unité

 

Souvenirs des Sœurs de l’Adoration Réparatrice
Soeur Marie Madeleine

Pendant cinq années consécutives, la Semaine pour l’Unité des Chrétiens a eu pour cadre habituel la chapelle de l’Adoration Réparatrice de la rue Henri IV. Les Lyonnais, qui ont assisté à ces cérémonies, n’ont pas oublié l’intensité du mouvement spiri­tuel animé par l’abbé Couturier, la qualité des conférences, l’intérêt des sujets traités, ni la gravité de ces réunions auxquelles participaient de nombreux prêtres en présence de membres d’au­tres Églises. Comment oublier la foule attentive et vibrante qui s’écrasait littéralement pour entendre les orateurs exprimer le regret des fautes passées, « s’appliquer à décrire les complémen­tarités de l’Orient et de l’Occident, – engager la foule à se préparer dans la prière et à laisser monter en elle un immense désir de réconciliation » ? C’était alors un langage si nouveau !

Cependant, dès 1929 les Pères Assomptionnistes avaient orga­nisé un triduum dans la crypte de notre chapelle, les 18, 19 et 20 janvier. L’assemblée était peu nombreuse, et c’est en 1933 seulement que l’abbé Couturier réalise sa première ébauche de participation lyonnaise à la Semaine de l’Unité, sous forme égale­ment d’un triduum à l’église Saint-François-de-Sales. Mais ceci fait désormais partie de l’histoire du mouvement œcuménique. Déjà les sœurs de l’Adoration Réparatrice connaissaient bien l’abbé, ayant eu l’occasion de travailler, à sa demande, à la confec­tion de tentures et d’ornements religieux destinés au clergé orthodoxe exilé, et sans doute aussi à la chapelle russe catholi­que ouverte en 1932 rue Auguste-Comte.

En prélude à leurs souvenirs sur la Semaine de Prière, les sœurs ont noté quelques détails sur cette époque, détails où l’on découvre déjà comme une respectueuse tendresse. Ces travaux de couture et de broderie étaient placés sous la haute direction de la propre sœur de l’abbé Couturier, qui s’en occupait .avec une vigilance dont on se souvient encore rue Henri-IV. Le frère et la sœur avaient le même zèle ardent pour la dignité du culte, et Melle Couturier exigeait que tous les travaux soient cousus à la main. Pas une piqûre à la machine n’était tolérée... Il faut bien l’avouer, les visites de la bonne demoiselle au couvent étaient assez redoutées, car elle ne pouvait comprendre le surcroît de travail qu’elle imposait. Elle voulait se rendre compte elle-même de l’ouvrage accompli : « Comment ? ... ce n’est pas plus avancé ?... vous avez donc été toutes malades ?... » Mais si les sœurs la trou­vaient quelque peu exigeante, elles admiraient le dévouement dé­ployé par elle dans la tâche ingrate de quémandeuse qu’elle assu­mait, afin de seconder efficacement son frère dans ses travaux apostoliques. Leur charité accueillante à tous deux dépassait souvent leurs pauvres moyens, et s’ils avaient reçu des invités à midi, il fallait ensuite se priver...

Pour remercier les sœurs de leur travail bénévole, l’abbé vint rue Henri-IV, un jour de juillet 1933, en compagnie d’un évêque russe délivré de prison grâce au Pape Pie XI, Mgr Boleslav Sloskan. Toute la communauté était réunie dans la salle du chapitre. « Je vois encore entrer le Père Couturier, raconte une sœur, tout souriant, et suivi du très jeune évêque, grand, émacié, au visage de saint, aux yeux limpides et profonds. – « Est-ce qu’il faut que je parle ? » dit-il très bas. – « Bien sûr », répond l’abbé en sour­dine. Et Mgr Sloskan raconte sa captivité, et comment il a appris le français grâce à sainte Thérèse de l’Enfant-Jésus, en lisant et relisant dans sa prison l’Histoire d’une âme. Il dit aussi son désir de retourner parmi ses frères si malheureux. « Les enfants meu­rent comme des mouches », dit-il.

Enfin l’année suivante eut lieu la première « Semaine pour l’Unité des Chrétiens » – l’Octave, disait-on à cette époque. Elle fut bien suivie, mais sans grande affluence, remarquent les chro­niques du couvent, d’ailleurs avares de détails à ce sujet. Ceci marque bien la mentalité du temps. En effet l’immense espoir de l’Unité enfin retrouvée se voilait de la crainte d’encourir quel­qu’un de ces reproches dont l’abbé Couturier connut souvent l’amertume. On ouvrait largement son cœur à la Bonne Nouvelle, mais on préférait que ces manifestations ne laissent pas de traces écrites.

Chaque célébration avait lieu à 17 h – 5 h en langage du temps. Elle comprenait une conférence, prononcée en chaire, les prières spéciales pour l’Unité des Chrétiens, et se terminait par la béné­diction du Saint-Sacrement. Avant la conférence, les sœurs réci­taient, selon leur Règle, l’Office anticipé des Matines du Saint-Sacrement. Il n’est pas indifférent de noter ces menus détails et de relever que les premières Semaines de l’Unité ont été célé­brées devant l’Eucharistie, Sacrement de l’Unité, toujours exposée dans cette chapelle de l’Adoration Réparatrice. Selon l’usage liturgique, on plaçait simplement un voile devant l’ostensoir pen­dant la seule durée du sermon. Ce « programme » fut suivi de 1934 à 1938. Les sœurs se rappellent très bien que plusieurs de nos « frères séparés » restaient en adoration longtemps après la fin de la cérémonie.

Cette première Semaine marqua seulement une étape qui per­mit à l’abbé Couturier de préciser ses plans. Elle eut lieu avec le concours de l’abbé Raffin, missionnaire diocésain, des Pères Verny, s.j., Antoine Serre, o.f.m., Bertrand, o.p., de Lavareille, s.j., et enfin du Père Broussaleux, religieux assomptionniste d’origine grecque. Il semble qu’il n’y avait pas encore de « thème », car les sujets de ce qu’on appelait encore cette année-là des « sermons », ne sont pas mentionnés, et pas davantage pour celui que le Père de Bonneville, s.j., donna à l’église Saint-François-de-Sales, le di­manche 21 janvier, en présence du cardinal Maurin. Mais ici nous possédons le témoignage d’une sœur, qui, résumant en quelques mots le sujet de conférence, traduit aussi, avec une note d’en­thousiasme juvénile, le choc spirituel ressenti par les auditeurs de ces premières réunions, auxquelles ne participaient encore que quelques orthodoxes : « Je me souviens que le Père de Bonneville reprocha aux catholiques leur tiédeur en face de la séparation. Il sut galvaniser son auditoire et il parla d’une croisade pacifique à entreprendre pour la réunion. On avait l’impression qu’après le sermon l’assistance allait se lever et dire d’une seule voix : « Dieu le veut ! Dieu le veut ! » comme au temps de Pierre l’Ermite. »

En 1935, le sermon d’ouverture était donné par le Père Perroy, s.j. Cette fois, « la chapelle était trop petite pour contenir les auditeurs ». En effet, on laissa entrer tous ceux qui arrivaient jusqu’à ce que la moindre place libre soit occupée. La chapelle latérale, les deux tribunes et les galeries étaient pleines. Les scouts chargés du service d’ordre ne parvenaient plus à circuler dans les allées encombrées. Il en fut à peu près de même pour les autres conférences, cette année-là et les années qui suivirent. On évalue à un millier le nombre de personnes qui pouvaient assister aux cérémonies.

Cette année-là, 1935, le sujet choisi pour chaque jour était celui du calendrier de la Semaine de Prière pour l’Unité. Après le P. Perroy, c’est le P. Nedtotchine, desservant de la chapelle russe catholique, qui parle de l’orthodoxie, « dévoilant l’âme mystique du peuple russe ». Et nos chroniques ajoutent : « le dimanche 20, cérémonie grandiose à la Primatiale Saint-Jean ». Le programme de la Semaine se poursuit, déjà connu par l’ouvrage du P. Villain. Le 21, le P. de Lubac, s.j., parle du protestantisme. Le 22, c’est le P. Broussaleux, a.a., sur l’orthodoxie grecque. Le 23, Dom Buener, o.s.b., de l’abbaye d’Hautecombe, sur l’anglicanisme. Le 24, le P. Benoît-Joseph, o.f.m., venu de Suisse, parle admirablement sur le judaïsme. Enfin, le 25, le P. Bellouard, sur le paganisme.

Cette même année, chaque matin, pendant toute la Semaine, le P. Jean Garleanu, o.f.m., célébrait une messe aux intentions de l’Unité. Il signait sur le registre : Missionnaire apostolique de Roumanie.

En 1936, le plan général est le même ; cependant « l’horizon s’est élargi : l’Islam et Israël sont introduits dans le cycle », (M. Villain, op. cit. p. 56). Le célèbre article sur la Psychologie de l’Octave por­tait largement ses fruits. Par ailleurs, l’abbé avait envoyé une circulaire aux juifs pour les inviter à venir à la conférence du P. Monchanin le 18 janvier : Israël et chrétienté. Nos chroniques ont retenu un autre titre pour ce jour-là : Quand Israël aime Dieu, titre qui donne bien la note de la nouvelle orientation de l’Octave, voulue par l’abbé Couturier. Ses relations avec les différentes confessions s’élargissaient dans un climat de confiance et « d’émulation spirituelle » qui imprégnait les cérémonies de la Semaine annuelle. Une autre circulaire avait été envoyée aux protestants : les sœurs ont gardé le souvenir de l’un d’entre eux pleurant d’émotion après une des célébrations, et demandant à venir re­mercier le prédicateur pour la modération et la charité avec lesquelles il avait parlé de « nos frères séparés ».

La conférence du P. de Pierrefeu, s.j., sur l’anglicanisme, est celle qui a le plus retenu l’attention des sœurs. La chapelle était comble ; mais un tel silence régnait habituellement pendant les prédications que la parole de l’orateur atteignait tous les audi­teurs. « On ne trouvait pas le temps long ; pourtant les conféren­ces, très étudiées, duraient parfois jusqu’à une heure et demie ».

En tout ceci, l’abbé Couturier, dont le nom ne paraissait jamais, s’appuyait sur l’immense mouvement de prière qu’il avait su créer et qui soutenait son action. Il était déjà en relations avec un grand nombre de communautés catholiques, orthodoxes, angli­canes, et sollicitait leurs prières. Il leur écrivait, leur rendait visite, et les mettait en rapports entre elles, ou même leur con­duisait ses amis anglicans ou orthodoxes. C’est ainsi qu’à la fin de mai 1936, quand il reçut à Lyon la visite de Dom Benedict Ley, Maître des Novices de l’abbaye de Nashdom, il vint célébrer la messe à l’Adoration Réparatrice en présence de son hôte. Le reli­gieux anglican et sa Communauté furent vivement recommandés aux prières des sœurs. Il nous est difficile, actuellement, de con­cevoir à quel point ces démarches étaient alors insolites. La même chose se reproduisit plusieurs fois, et, entre autres, pour le passage à Lyon des Révérends Fynes Clinton et Gregory Dix, à la fin de septembre de cette même année. L’abbé, tout heureux, donnait à ses invités des missels afin qu’ils puissent suivre les textes de la messe en même temps que lui. Quand on se rappelle ce que représentait pour lui la célébration d’une messe, c’était la plus grande marque de communion qu’il pût offrir à ses hôtes.

Deux ans plus tard, au printemps de 1938, il reçut la visite de Mgr Mounsey, de la Communauté anglicane de Mirfield, évêque de Bradford, accompagné du P. Cary, de la Communauté de Cowley. Sans doute afin de pouvoir rendre à son invité les hon­neurs liturgiques prévus par les rubriques, l’abbé célébra sa messe dans la petite chapelle latérale, dont on avait discrètement tiré les rideaux, et où l’on avait disposé tapis, fauteuils et prie-Dieu. Rayonnant, l’abbé laissa éclater sa joie devant les sœurs de la sacristie, leur disant combien cet accueil était important. La guerre interrompit ces visites ; mais l’abbé continua de venir célébrer sa messe rue Henri-IV, selon les nécessités de ses dépla­cements, toujours pressé et à des heures imprévues. La sœur qui le recevait à la sacristie, et qui s’appliquait à ne pas le faire attendre, admirait sa simplicité et son rayonnement spirituel.

Mais puisque nous évoquons ce temps de la guerre, disons ici que c’est à cette époque difficile qu’il vint un jour, « de connivence avec l’abbé Rémilieux, curé de Saint-Alban, demander si nous pourrions lui faire des hosties très épaisses et très jaunes ». Ah, ces hosties ! jamais elles n’étaient assez épaisses, jamais assez jaunes. Un jour enfin, ce fut très bien, et la sœur chargée de la cuisson reçut un billet de félicitations et une invitation à se rendre rue du Plat. Quand elle se présenta, Melle Antoinette lui ouvrit la porte et la referma brusquement à clef dès qu’elle fut entrée, car on redoutait la gestapo... Mais pour l’abbé Couturier, l’important était de communiquer à la sœur sa ferveur et son enthousiasme. Pendant près d’une heure il lui expliqua le pour­quoi de ces hosties. « Plus elles sont épaisses, plus elles sont jaunes, et plus elles ressemblent à du pain... Que c’est beau, ma sœur : on dirait un épi de blé sur le corporal blanc. » – Les bom­bardements dispersèrent les sœurs qui ne furent plus en mesure de donner satisfaction aux demandes de l’abbé Couturier. Il reprit le fer à hosties fourni par lui et le porta aux sœurs de Vassieux.

Revenons aux célébrations de la Semaine. Le programme de 1937 est noté en détail dans le livre du Père Villain sous le titre : Le Royaume de Dieu. Le 18 janvier, le P. Monchanin traite cette fois des Éléments islamiques du Royaume de Dieu. Un détail si­gnificatif a été retenu par les sœurs : quand, après la conférence, le P. Monchanin arriva au sanctuaire pour la bénédiction du Saint-Sacrement, il fit longuement devant la Sainte Hostie la profonde prosternation de l’Islam.

Après l’abbé Monchanin, puis le P. de Pierrefeu, on remarque deux fois le nom de Dom Becket, o.s.b. du Prieuré d’Amay-sur-Meuse (transféré à Chevetogne), dont l’abbé Couturier était oblat.

La cérémonie du dimanche 24 janvier eut lieu à la Primatiale Saint-Jean ; mais le matin de ce dimanche, qui était celui de la Septuagésime, une messe avait été chantée dans la chapelle de l’Adoration Réparatrice, avec le concours de la chorale grégo­rienne de Melle Monier. « II y avait foule à la chapelle... » L’année suivante, 1938, il en fut de même pour le dimanche de clôture.

Pour cette dernière année, on constate que le rayonnement de la Semaine s’étendait toujours, avec des manifestations extérieures plus variées. Le P. Doncœur à Saint-François-de-Sales, le P. Mersch à la chapelle, attirèrent de nombreux auditeurs. Mais nous relèverons seulement dans le programme la conférence de M. l’abbé Richard, professeur à la Faculté de Théologie de Lyon, qui parla sur la foi chrétienne chez les non-catholiques. Nous nous permettons de rappeler ici le témoignage de M. le Chanoine Magnin, aujourd’hui chargé à Lyon de la Commission d’Art Sacré, et qui participait alors à cette cérémonie parmi les membres du Séminaire Universitaire. Il a noté comme très important ce que l’orateur disait du baptême, « fondement premier de l’Unité entre les chrétiens ». Sans doute, l’idée avait déjà été exprimée, surtout depuis la lettre du P. White, o.p. publiée en 1935. Pourtant, ce jour-là, dans cette chapelle, il semble que c’était la première fois qu’on le proclamait de façon théologique et devant une telle assemblée. Le Concile Vatican II l’a depuis proclamé dans des termes à peu près semblables.

Mais durant cette Semaine de 1938, l’affluence fut encore plus grande. On tenta d’augmenter le nombre des places en ouvrant une tribune désaffectée ; mais ce fut en vain, et les organisateurs durent renoncer à revenir l’année suivante à l’Adoration Répara­trice, au grand regret de toutes les sœurs... Du moins avaient-elles eu le temps de bien se pénétrer des enseignements reçus. Cela suffisait. Selon la remarque du P. Michalon (Pages Documentaires, VIII) « Le succès est ici spécialement dangereux car il risque de ne plus se nourrir assez de la contemplation du Christ Priant pour les siens... Pour l’abbé Couturier, il n’y a de véritable œcu­ménisme que dans une dimension contemplative... « Oui, le silen­ce, la prière, telle est cette vocation... L’esprit œcuménique ne peut se maintenir que branché uniquement sur la Prière Sacerdo­tale. »

Père, qu’ils soient un !

Sœur Marie Madeleine
Religieuse de l’Adoration Réparatrice

© Unité Chrétienne, n° 32, novembre 1973.

 

 

Choix et élaboration du thème annuel de la prière pour l'unité chrétienne

Deux ans avant la semaine à préparer

coe logo 2 webLa commission Foi et Constitution du Conseil oecuménique des Eglises ou le Conseil Pontifical pour la Promotion de l’Unité des Chrétiens, alternativement, demande à un groupe œcuménique local à travers le monde de proposer un thème et de préparer une liste de textes bibliques et des méditations. St Paul hors les murs 018

 

Seize mois avant la semaine

Une commission internationale se réunit, composée de membres nommés par Foi et Constitution et le Conseil Pontifical pour la Promotion de l’Unité des Chrétiens. Unité Chrétienne y représente le monde francophone européen. Au moins un membre du groupe œcuménique local qui a préparé le thème et les textes est présent.

Les documents que ce groupe local a fournis sont souvent marqués par leur contexte d’élaboration. Les membres de la commission internationale ont donc pour tâche de concevoir un document recevable par tous. Ils sont eux-mêmes issus d’horizons ecclésiaux, culturels et théologiques très divers.

Un an avant la semaine

Après les dernières corrections et avec l’approbation des responsables de Foi et Constitution et du Conseil Pontifical pour la Promotion de l’Unité des Chrétiens, le thème et les textes mis au point par la commission internationale sont envoyés à différents centres œcuméniques à travers le monde pour traduction et adaptation aux contextes nationaux.

Six mois avant la semaine

 Comme d’autres centres œcuméniques dans le monde, Unité Chrétienne – qui a fait les choix et modifications nécessaires pour le monde francophone européen et préparé un visuel – peut commencer à diffuser le matériel auprès des paroisses et groupes œcuméniques locaux, essentiellement en France et Suisse romande.

Histoire de la semaine de prière

L'Octave de prière de Paul Wattson

La prière pour l’unité chrétienne n’est bien sûr pas une initiative du 20ème siècle : les chrétiens n’ont jamais cessé de prier, de multiples manières, pour leur réconciliation. Mais c’est en 1908, aux États-Unis que cette prière a pris la forme particulière que nous lui connaissons aujourd’hui, celle d’une « octave » entre le 18 janvier (qui étaitla fête de la Chaire de Pierre à Rome) et le 25 janvier (fête de la conversion de saint Paul). Son « inventeur » est Paul Wattson, un prêtre épiscopalien qui venait de créer une communauté religieuse franciscaine au sein de l’Église anglicane américaine.

L’unité des chrétiens, telle que Paul Wattson l’envisageait, signifiait en fait l’unité autour du Siège romain. Au milieu des années 1930, alors que la prière pour l’unité entre le 18 et le 25 janvier commençait à se répandre dans l’Église catholique et dans les communautés anglicanes favorables à une union avec Rome, c’est l’abbé Paul Couturier qui, à Lyon, lui a donné un nouvel élan : tout en gardant les mêmes dates, le prêtre lyonnais fait le choix de parler de Semaine de prière (une semaine de huit jours !), un vocabulaire perçu comme moins catholicisant ; et surtout, il lui assigne un nouvel objectif : prier pour l’unité "telle que le Christ la veut, par les moyens qu'Il voudra".

 

La Semaine de prière pour l'Unité Chrétienne à Lyon

Histoire de la Semaine recadrée WEBC'est au cours d'une retraite dans le monastère des moines de l'Union à Amay-sur-Meuse, aujourd'hui à Chevetogne (Belgique), que l'abbé Couturier eut l'idée de reprendre l'Octave de prière pour l'unité des chrétiens. Au retour d'Amay, Paul Couturier organisa un Triduum, du 20 au 22 janvier 1933, dans l'église St François de Sales dans la presqu'île lyonnaise. Puis le Triduum devint dès l'année suivante "Octave de prière pour l'unité des chrétiens" puis "Semaine de prière pour l'unité chrétienne" du 18 au 25 janvier. Soutenus par le métropolite Euloge, des orthodoxes participèrent à la Semaine en 1935. L'abbé Couturier demandait à ses amis d'assurer des conférences sur un thème choisi pour la Semaine (voir l'affiche de 1937 ci-contre). Les soeurs de l'Adoration réparatrice témoignent de ces premières années lyonnaises. Il engagea divers monastères à rejoindre ce mouvement de la prière pour l'unité, prières convergentes émanant de plusieurs lieux à la même époque de l'année. Il imagina le "monastère invisible". 

 Le mouvement de la Semaine de prière pour l'unité chrétienne a rapidement pris une dimension interconfessionnelle et internationale. L'abbé lyonnais composa et envoya dans le monde entier ses fameux "tracts", avec ses propres deniers, "avec l'espérance d'une offrande libre si possible", à partir de son bureau à l'Institution des Chartreux. Ces tracts donnaient un thème pour l'année, des textes bibliques et prières pour chaque jour de la Semaine, voire un chant composé pour l'occasion, dans des formes diverses allant du feuillet dépliant à la brochure d'une vingtaine de pages. Des amis proposaient des images pour illustrer le thème de l'année, c'est ainsi que l'abbé Ribes, qui signait RIB, dessina un motif à partir de la phrase du métropolite Platon "les murs des séparations ne montent pas jusqu'au ciel". Le logo d'Unité Chrétienne reprend ce motif.

 

La Semaine de prière aujourd'hui

La tâche de l'abbé Couturier fut reprise après sa mort par le Père Michalon au sein du centre Unité Chrétienne. Dès 1958, le matériel de la Semaine fût préparé en collaboration avec la commission Foi et Constitution du Conseil oecuménique des Eglises. Après le concile Vatican II et la création du Secrétariat pour l'unité des chrétiens, devenu Conseil pontifical pour la promotion de l'unité des chrétiens, la Semaine de prière pour l’unité chrétienne est préparée chaque année par une commission internationale (et bien entendu interconfessionnelle) qui émane à la fois du Conseil œcuménique des Églises et de ce Conseil Pontifical. A partir d'un projet préparé par les Eglises d'un pays, cette commission choisit un thème pour l’année (souvent formulé à travers un verset biblique). Elle sélectionne des textes de l’Écriture et des formules de prière susceptibles de nourrir la prière individuelle et les célébrations, pour chacun des jours de la Semaine de l’Unité. Le directeur du centre Unité Chrétienne représente la France dans cette commission internationale.

Chaque année, l’association Unité Chrétienne adapte les documents internationaux pour le monde francophone européen. Elle élabore les outils nécessaires pour vivre la Semaine de prière pour l'unité chrétienne : création d'un visuel, publication de tracts et brochure comportants des éléments de réflexion biblique, spirituelle et théologique autour du thème et suggestions pour la prière et la célébration.

 

 

 

Semaine - Thèmes annuels

Au temps de Paul Couturier

Jusqu’en 1943, l’abbé Couturier ne propose pas de thème particulier. Il est davantage préoccupé d’expliquer ce qu’est la prière pour l’unité chrétienne. Même après 1943, il n’indique pas toujours de thème précis. Voici quelques thèmes qu’on a pu relever :

1943 : « Ut omnes unum sint »

1945 : «... en faisant la paix par le sang de sa croix » (Col 1, 20)

1946 : « Les murs de la séparation ne montent pas jusqu’au ciel »

1947 : « Réunis devant la Croix, les Chrétiens, Orthodoxes et Protes­tants, Anglicans et Catholiques, disent au Christ Rédempteur leur amour reconnaissant et leur dou­loureux repentir des séparations chrétiennes »

1948 : « Caritas Christi urget nos »

1949 : « Jésus, Sauveur des Hommes »

1951 : « Vous qui étiez jadis éloignés, vous êtes rapprochés par le sang du Christ... Il a renversé le mur de séparation, l’inimitié... par la Croix » (Ep 2, 13.15.16)

1952 : « Qu’ils soient un comme nous sommes un »

1953 : « Un seul troupeau, un seul pasteur »

1954 : Le Christ notre espérance. « Quand j’aurai été élevé, j’attirerai tous les hommes à moi » (Jn 12, 32)

 

Après la mort de Paul Couturier en 1953, est créé le centre Unité Chrétienne à Lyon pour poursuivre son œuvre.

 

Après la création du centre Unité Chrétienne

1955 :    « Dans le Christ priant »

1956 :    aucun thème particulier

1957 :    « La souffrance des séparations s’inscrit dans la Prière pour l’Unité »

1958 :    « Celui qui aime son frère demeu­re dans la lumière »

 

En 1956, lors d’une rencontre à Genève avec Visser’t Hooft, Pierre Michalon, directeur d’Unité Chrétienne, souligne son désir d’une réalisation commune de la documentation pour la Semaine de Prière pour l’Unité. C’est en 1958 que, pour la première fois, cette préparation commune est réa­lisée au cours d’une réunion à Lyon, avec la participation du pasteur John Garrett, directeur à l’Information du C.O.É., et de Robert Nelson de Foi et Consti­tution. Le thème de la Semaine de Prière pour l’Unité 1959 est choisi ensemble.

 

Thèmes retenus par Unité Chrétienne et Foi  et Constitution

1959 :    « Laissez-vous mener par l’Esprit »

1960 :    « Voici mon serviteur »

1961 :    « Je suis la lumière du monde »

1962 :    « Je suis au milieu de vous comme celui qui sert »

1963 :    « II est notre paix »

1964 :    « Le grand pasteur des brebis »

1965 :    « Voici, je fais toutes choses nou­velles »

1966 :    « Je serai leur Dieu et ils seront mon peuple »

1967 :    « Appelés à une seule espérance »

 

En 1966 se tient à Lyon une rencontre de membres du Secrétariat pontifical pour la promotion de l’unité des chrétiens (Rome) et de la commission Foi et Constitution (Genève). Ces deux instances décident officiellement d’une préparation conjointe des textes pour la Semaine de prière pour l’unité chrétienne. À partir de cette date, Unité Chrétienne représentera le monde francophone aux réunions de préparation, avec pour charge officielle de proposer une adaptation française des textes internationaux.

 


 

Thèmes retenus par Foi et Constitution et le Secrétariat / Conseil pontifical pour la Promotion de l’Unité des Chrétiens

 

1968 :    « Pour la louange de sa gloire » (Ep 1, 14)

1969 :    « Appelés à la liberté » (Ga 5, 13)

Réunion préparatoire à Rome, Italie

1970 :    « Nous sommes les coopérateurs de Dieu » (1 Co 3, 9)

Réunion préparatoire au Monastère de Niecleraltaich, République Fédéra­le d’Allemagne

1971 :    «... et la communion du Saint Esprit » (2 Co 13, 13)

Réunion préparatoire à Bari, Italie

1972 :    « Je vous donne un commandement nouveau » (Jn 13, 34)

Réunion préparatoire à Genève, Suisse

1973 :    « Seigneur, apprends-nous à prier » (Lc 11, 1)

Réunion préparatoire à l’Abbaye de Montserrat, Espagne

1974 :    « Que tous confessent : Jésus Christ est Seigneur » (Ph 2, 1 -13)

Réunion préparatoire à Genève, Suisse

 

En 1974, il est décidé de confier à des groupes locaux de choisir un thème et de rédiger une première version des textes ; à charge pour la commission internationale de les adapter pour un usage au niveau mondial. Un groupe austra­lien est le premier à s’engager concrètement en préparant en 1975 le pro­jet initial de livret pour la Semaine de Prière.

 

1975 :     « La volonté du Père : tout réunir sous un seul Chef, le Christ » (Ep 1, 3-10)

1976 :     « Appelés à devenir ce que nous sommes» (1 Jn 3, 2)

Projet de texte élaboré par la Conférence des Églises des Caraïbes.

1977 :     « L’espérance ne déçoit pas » (Rm 5, 1-5)

Projet de texte élaboré au Liban

1978 :     « Vous n’êtes plus des étrangers » (Ep 2, 13-22)

Projet de texte élaboré à Manchester, Angleterre

1979 :     « Soyez au service les uns des autres pour la gloire de Dieu » (1 P 4, 7-11)

Projet de texte élaboré en Argentine

1980 :     « Que ton Règne vienne ! » (Mt 6, 10)

Projet de texte élaboré par un groupe œcuménique de Berlin, RDA.

1981 :     « Un seul Esprit - des dons divers - Un seul corps» (1 Co 12, 3b-13)

Projet de texte élaboré par les franciscains de Graymoor, USA.

1982 :     « Que tous trouvent leur demeure en toi, Seigneur » (Ps 84)

Projet de texte élaboré au Kenya

1983 :     « Jésus Christ - Vie du monde » (1 Jn 1, 1-4)

Projet de texte élaboré par un groupe œcuménique d’Irlande

1984 :     « Appelés à l’unité par la Croix de notre Seigneur » (1 Co 2, 2 et Col 1, 20)

Réunion préparatoire à Venise, Italie

1985 :     « De la mort à la Vie avec le Christ » (Ep 2, 4.7)

Projet de texte élaboré en Jamaïque

1986 :     « Vous serez mes témoins» (Ac 1, 6.8)

Textes proposés en Yougoslavie (Slovénie).

1987 :     « Unis dans le Christ, une nouvelle création » (2 Co 5, 17-6,4a)

Projet de texte élaboré en Angleterre

1988 :     « L’Amour de Dieu bannit la crainte » (1 Jn 4, 18)

Projet de texte élaboré en Italie

1989 :     « Bâtir la communauté : un seul corps en Christ » (Rm 12, 5-6a)

Projet de texte élaboré au Canada

1990 :     « Que tous soient un... afin que le monde croie» (Jn 17)

Projet de texte élaboré en Espagne

1991 :     « Nations, louez toutes le Seigneur » (Ps 17 et Rm 15, 5-13)

Projet de texte élaboré en Allemagne

1992 :     « Je suis avec vous... allez donc » (Mt 28, 16-20)

Projet de texte élaboré en Belgique

1993 :     « Porter le fruit de l’Esprit pour l’unité des chrétiens » (Ga 5, 22-23)

Projet de texte élaboré au Zaïre

1994 :     « La maison de Dieu : appelés à n’avoir qu’un cœur et qu’une âme » (Ac 4, 32)

Projet de texte élaboré en Irlande

1995 :     « Koinônia : communion en Dieu et entre nous » (Jn 15, 1-7)

Réunion préparatoire à Bristol, Angleterre

1996 :     « Voici, je me tiens à la porte et je frappe » (Ap 3, 14-22)

Projet de texte élaboré au Portugal.

1997 :     « Au nom du Christ... laissez-vous réconcilier avec Dieu » (2 Co 5, 20)

Projet de texte élaboré en Scandinavie.

1998 :     « L’Esprit aussi vient en aide à notre faiblesse » (Rm 8, 14-27)

Projet de texte élaboré en France

1999 :     « Ils seront ses peuples et lui sera le Dieu qui est avec eux » (Ap 21, 3)

Projet de texte élaboré en Malaisie


2000 :     « Béni soit Dieu... qui nous a bénis en Christ » (Ep 1, 3-14)

Projet de texte élaboré par le Conseil des Églises du Moyen-Orient, réunion préparatoire au sanctuaire La Verna en Italie.

2001 :     « Je suis le chemin et la vérité et la vie » (Jn 14, 1-6)

Projet de texte élaboré en Roumanie, réunion préparatoire à la Casa de Odihna en Roumanie.

2002 :     « Car chez toi est la fontaine de la vie » (Ps 36 [35], 10)

Projet de texte élaboré par le Conseil des Conférences Épiscopales Européennes (CCEE) et la Conférence des Églises Européennes (KEK), réunion préparatoire au Centre oecuménique d'Ottmaring, Augsbourg, Allemagne.

2003 :     « Ce trésor, nous le portons dans des vases d’argile » (2 Co 4, 7)

Projet de texte élaboré en Argentine, réunion préparatoire au Centre oecuménique Los Rubios, Malaga, Espagne.

2004 :     « Je vous donne ma paix » (Jn 14, 27)

Projet de texte élaboré à Alep, Syrie ; réunion préparatoire à Palerme, Italie.

2005 :     « Le Christ, unique fondement de l’Église » (1 Co 3, 1-23)

Projet de texte élaboré en Slovaquie, réunion préparatoire à Piestany, Slovaquie.

2006 :     « Là où deux ou trois se trouvent réunis en mon nom, je suis au milieu d’eux » (Mt 18, 20)

Projet de texte élaboré en Irlande, réunion préparatoire à Prosperous, County Kildare, Irlande.

2007 :     « II fait entendre les sourds et parler les muets » (Mc 7, 37)

Projet de texte élaboré en Afrique du Sud, réuion préparatoire au Château de Faverge en France.

2008 :     « Priez sans cesse » (1 Th 5, 17)

Projet de texte élaboré aux Etats-Unis, réunion préparatoire à Graymoor, Garrison, USA.

2009 :     « Ils seront unis dans Sa main » (Ez 37)

Projet de texte élaboré en Corée, réunion préparatoire à Marseille, France.

2010 :      « C'est vous qui êtes témoins » (Lc 24, 48)

Projet de texte élaboré en Écosse, réunion préparatoire à Glasgow, Écosse.

2011 : "Unis dans l'enseignement des apôtres, la communion fraternelle, la fraction du pain et la prière" (Ac 2,42)

Projet de texte élaboré à Jérusalem, réunion préparatoire à Saydnaya en Syrie.

2012 : "Tous, nous serons transformés par la victoire de notre Seigneur Jésus-Christ" (1 Co 15, 51-58)

Projet de texte élaboré en Pologne, réunion préparatoire à Varsovie, Pologne.

2013 : "Que nous demande le Seigneur ?" (Mi 6, 6-8)

Projet de texte élaboré en Inde, réunion préparatoire à Bangalore, Inde du Sud.

2014 : "Le Christ est-il divisé ?" (1 Co 1, 1-17)

Projet de texte élaboré au Canada, réunion préparatoire à Montréal, Canada.

2015 : "Jésus dit à la femme : donne-moi à boire" (Jn 4,1-42)

Projet de texte élaboré au Brésil, réunion préparatoire à Guarulhos (Sao Paulo), Brésil.

2016 : "Appelés à proclamer les hauts faits de Dieu" (1 P 2,9-10)

Projet de texte élaboré en Lettonie, réunion préparatoire à Riga, Lettonie.

2017 : "Parole de réconciliation : l'amour du Christ nous presse" (2 Co 5,14-20)

Projet de texte élaboré en Allemagne, réunion préparatoire à Wittenberg, Allemagne.