Formation et recherche Ressources documentaires Fondements de la prière pour l'unité Fondements théologiques de la prière pour l'unité - Perspective protestante

4. La semaine universelle de prière est une semaine de prière en vue de l'obéissance nécessaire à la marche qu'il va falloir entreprendre pour suivre notre seigneur.

C’est dans la prière que l’Église de Jésus-Christ est la plus proche de son Seigneur. Parce que la connaissance de notre unité en lui ne nous laisse aucun répit, face à la désunion des Églises, mais nous tient continuellement en haleine, c’est auprès de lui que nous chercherons par la prière ses directives et sa force en vue de l’étape suivante.


En quoi consistera cette prochaine étape, c’est Dieu qui nous le dira dans la situation où nous sommes, si nous l’en prions au nom de Jésus. En tout premier, une chose qui nous aidera tou­jours à être unis dans la prière (cf. Mt 18, 19), c’est la semaine universelle de prière dans laquelle les Églises prient les unes pour les autres et ensemble et apprennent chacune à regarder et à connaître les autres en Christ comme des Églises qui veulent, elles aussi, servir le même Maître. Quelque différente que soit leur manière de le faire, quelque différente que soit l’image du Christ qui se reflète dans les traits caractéristiques de la piété, de la théologie et de la foi, c’est cependant le même Seigneur, l’unique Seigneur qui a fait des membres de ces Églises ses propres mem­bres.

Et parce que c’est notre Seigneur commun, la formule d’Ams­terdam en 1948 reste valable pour nous aujourd’hui : « Nous avons la ferme intention de demeurer ensemble ».

À partir de cette attitude fondamentale et en dépit de tous les obstacles causés par les diversités et la séparation, la puissance de l’unité opérera en nous. Elle éveillera en nous non seulement un intérêt pour les autres Églises, mais la conscience d’une res­ponsabilité à leur égard, comme l’exprime 1 Co 12, 26 : « Si un membre souffre, tous les membres souffrent avec lui ; si un membre est honoré, tous les membres se réjouissent avec lui ». C’est ce qui nous permet de prendre part à la force et à la fai­blesse, aux joies et aux souffrances des autres Églises. Cela nous pousse aussi à entrer en dialogue les uns avec les autres, non seulement pour nous connaître, mais aussi pour donner l’occasion de maintenir la communion entre les Églises par un échange des dons spirituels qui leur ont été confiés pour l’utilité commune. « En fait, dans le monde, chaque Église a besoin d’être grande­ment enrichie d’une richesse qui lui serait communiquée si elle ouvrait son esprit et son cœur – et sa vie – aux charismes, dons de la grâce, qu’elle peut recevoir en se mettant au service des autres Églises » (Visser’t Hooft, Notre vocation commune). Par­tout où a lieu cette rencontre, fondée sur le commun fondement de notre appartenance à Jésus-Christ, elle nous prépare à écouter et à comprendre, à découvrir les vraies convictions du prochain avec lequel nous entrons en contact. Ce sera dès lors tout autre chose qu’un monologue déguisé en dialogue, dans lequel chacun parle avec lui-même en cherchant à persuader l’autre de son erreur. Les barrières rigides qui sont généralement dressées par la conscience ecclésiastique de notre propre confession lorsque nous regardons les autres confessions chrétiennes, seront ren­versées. Car nos yeux s’ouvriront à l’évidence : une confession n’est pas définie essentiellement par sa doctrine, mais présente une unité de vie spirituelle et corporelle qui détermine non seule­ment sa pensée, mais aussi tout un style de vie. De ces expé­riences sortira une attitude de disponibilité favorisant le contact, comme les préceptes pour les relations avec des chrétiens d’autres confessions, publiés dans l’annuaire vieux-catholique d’Allemagne, l’expriment fort bien :

- Nous voulons vaincre le mal, qui opère par définition dans toute communauté de croyants, par le bien.
- Nous nous gardons de toute généralisation superficielle, de toute fausse conclusion, de tout jugement erroné sur les autres confessions.
- Nous ne nous réjouirons pas de la faiblesse et des échecs des autres Églises, mais nous nous réjouirons de tous les signes de leur foi et de leur force.
- Nous croyons que le Saint-Esprit mobilise et dirige aussi les hommes qui ne sont pas de notre confession.
- Si nous ne parvenons pas à comprendre d’autres formes de piété, nous nous tairons respectueusement et, par déférence pour les convictions d’autrui, nous ne tolérerons pas que notre entou­rage en rie.
- Si, par dépit et par ressentiment humain, des chrétiens jugent partialement leur propre Église, nous nous efforcerons de contribuer à une mise au point objective.
- Les conversions sont très rares et toujours elles sont l’œuvre de l’Esprit de Dieu ; nous réprouvons résolument le prosélytisme facile.
- Nous voulons nous garder de toute forme d’orgueil et de complaisance confessionnelle.
- Nous abandonnons toute passion déplacée dans le dialogue confessionnel et nous efforçons de reconnaître la présence de Jésus-Christ dans les autres Églises.
- Pour autant que cela dépend de nous, nous nous efforçons d’écarter de tout exposé confessionnel les affirmations polémiques et erronées.
- Nous nous réjouissons de la foi authentique partout vivante chez les chrétiens des diverses confessions.

Cette attitude contribuera aussi à rapprocher les Églises en général qui constateront que ce qu’elles possèdent en commun ne légitime plus une séparation prolongée ; ou au contraire, à cons­tater qu’elles doivent conserver leur autonomie si c’est le seul moyen pour elles d’apporter leur contribution à l’ensemble de la chrétienté.

La semaine œcuménique de prière nous rendra un service capi­tal en renforçant en nous les énergies qui – comme le montre Jean 17 – doivent croître et augmenter grâce à l’union des dis­ciples avec Dieu, le Christ et les uns avec les autres. La force de la vérité (v. 17) est celle de l’amour (v. 26). Nous serons alors rendus capables d’agir comme membres du Christ, dans l’unité qui est donnée aux membres de son corps, forts et faibles, sains et malades, selon Ep 4, 15-16 : « Afin que nous croissions à tous égards en celui qui est le Chef, Christ. C’est de lui, et grâce à tous les liens de son assistance, que tout le corps, bien coordonné et formant un solide assemblage, tire son accroissement et s’édi­fie lui-même dans l’amour ».

Un exemple de véracité nous est donné par la lettre d’invita­tion à l’assemblée d’Amsterdam : « Nous n’aurons pas à faire comme si l’unité apparente entre chrétiens était plus grande qu’elle n’est réellement ». Il ne nous faut pas non plus parler d’unité de la foi tant que des Églises qui s’efforcent de faire reconnaître par les autres les vérités de foi qu’elles professent ne peuvent reconnaître la doctrine d’une Église de confession différente. Par amour pour la vérité, il faut reconnaître alors l’impossibilité de concilier les convictions, et cela non seulement dans les questions de détail, mais dans l’ensemble de l’interpré­tation qui est donnée de la réalité chrétienne. En outre, il faut se rappeler qu’aucun membre ne peut prétendre incarner tout le corps et imposer ses caractéristiques comme règle absolue du corps entier.

Par amour pour la vérité, nous avons surtout à nous demander si l’erreur en matière de foi et une attitude de piété déviée qui en est la conséquence, peuvent changer quoi que ce soit au fait que ces hommes appellent aussi Christ leur Seigneur et veulent le servir ; en outre, le Christ a déclaré qu’il ne mettrait dehors aucun de ceux qui viennent à lui. Sans doute ne pouvons-nous pas aller plus loin à la rencontre de ces frères en Christ que la conscience ne le permet. Mais ne faut-il pas nous rappeler que l’action de Dieu dans l’âme humaine est un champ clos qui nous est fermé et que même l’erreur peut ne pas être un obstacle au salut d’un être humain, voire de toute une Église ? En tout cas la confession de notre propre foi et la fidélité à la vérité reconnue ne peuvent exclure l’amour du frère en Christ, même s’il nous faut le considérer comme un frère qui se trompe. C’est dans l’amour que la véracité doit survenir ; il faut se rappeler le commandement du Christ : « À cela tous reconnaîtront que vous êtes mes disciples, si vous avez de l’amour les uns pour les autres ». Car le langage de l’amour qui s’exprime partout où nous nous mettons au service des autres et cherchons à subvenir ensemble aux besoins de l’humanité, fait luire aux yeux du monde l’unité des Églises en Christ même dans leur diversité.