Formation et recherche Ressources documentaires Fondements de la prière pour l'unité Fondements théologiques de la prière pour l'unité - Perspective protestante

3. La semaine universelle de prière est une semaine de repentance dans laquelle on se tourne vers Dieu pour être attentifs à sa volonté, dans la situation contradictoire que constituent notre unité en Christ et notre désunion en tant qu'églises.

En 1954, Evanston a entendu un rapport de la section I inti­tulé : « Notre unité en Christ et notre désunion en tant qu’Églises ». C’est la caractéristique de la situation du peuple de Dieu en pèlerinage sur la terre. Evanston disait à ce propos : « Dès l’origine, la discorde a altéré l’unité révélée du peuple du Christ ».


Partant de l’unité de l’Église en Christ, on s’est efforcé honnê­tement de définir la différence qu’il y a entre diversité et désu­nion. On a constaté qu’il existe une diversité qui n’est pas péche­resse, mais bonne, parce qu’elle reflète à la fois la diversité des dons de l’Esprit dans un seul corps et la diversité de la création par un seul créateur. Mais, ajoute-t-on, « lorsque la diversité brise l’unité du corps, elle change de caractère et se mue en cou­pable division ». La tragédie de la chrétienté sur cette terre réside dans le fait que la diversité a conduit en grande partie à la divi­sion, qu’on a compris différemment la volonté de Dieu à l’égard de son Église et qu’à cause de cela, par authentique souci de l’Évangile, par obéissance consciencieuse à la volonté de Dieu, on a rompu la communion chrétienne. En présence de ces faits, le rapport d’Evanston dit de la situation actuelle de la chrétienté : « Où nous ne pouvons pas renoncer à ce qui nous divise, parce que nous croyons que l’obéissance à Dieu nous oblige à tenir bon, c’est le point où nous nous réunirons pour implorer de Dieu sa miséricorde et lui demander sa lumière ». Or, c’est précisément ce point qui nous interdit de vouloir faire de l’Église chrétienne une et sainte qu’atteste la confession de foi et qui est dissimu­lée dans nos Églises séparées un objet de vue au lieu d’un objet de foi. Sans doute, on reprendra toujours la tentative de tirer des plans subtils pour unir nos forces en vue d’évacuer de ce monde les lignes de démarcation et les fossés que nous ne pou­vons pas abandonner, de part et d’autre. Car lorsqu’on ne peut se résoudre simplement à proposer une coexistence dans la tolé­rance de doctrines ecclésiastiques qui s’excluent réciproquement, lorsqu’on refuse de créer une super-Église à partir d’une théorie étrangère à la réalité, en additionnant à la légère les diverses ecclésiologies existantes, c’est toujours la même image qui s’im­pose ; chaque Église souffre de la tragédie de la séparation et implore l’unité telle qu’elle peut se la représenter du point de vue de sa foi et de sa vie ecclésiale. Ainsi, l’Église catholique romaine vise une unité visible de l’Église en invitant toutes les autres à revenir à sa plénitude, plénitude qu’elle est seule à pos­séder par sa foi et sa constitution. Or, les orthodoxes et les pro­testants déclinent cette invitation en répondant qu’ils doivent constater dans ce que Rome nomme « plénitude », tout autre chose qu’une plénitude – une superfluité qui n’est acquise qu’au prix d’un abandon de l’Évangile. Pour l’Église orthodoxe, la voie de l’union passe par le retour aux origines qu’elle est seule à avoir conservées. Ce que conteste le monde occidental en faisant remarquer que la véritable vie de la foi, comme toute vie, inclut aussi une croissance, de sorte que le simple maintien de vénérables rites l’asphyxie plutôt qu’il ne la favorise. Quant aux voix du protestantisme, elles expriment l’opinion que le catholicisme et l’orthodoxie doivent se libérer de toutes les ad­jonctions historiques qui, du point de vue évangélique, ne peuvent subsister en présence du pur Évangile. Ce que le catholicisme et l’orthodoxie contestent en répondant qu’il ne s’agit pas de simples adjonctions humaines mais de valeurs essentielles de l’Église de Jésus-Christ, qui ont été injustement éliminées par la Réfor­mation.

Tout cela révèle qu’on ne prend pas assez au sérieux la multi­plicité des Églises et confessions qui existent à l’heure actuelle. II nous faut en conclure qu’aucune tradition n’est d’office en droit d’exiger des autres traditions qu’elles abandonnent leur caractère au profit d’une autre forme d’obéissance chrétienne. Mais alors, que nous reste-t-il à faire ? Toutes ces réflexions nous conduisent à regarder à Jésus-Christ. Il est notre Seigneur. Il parle lui aussi de l’unité de ses disciples. Le fait que ses paroles sur l’unité de ses disciples, au chapitre 17 de l’évangile selon saint Jean, constituent non des instructions données aux disciples, mais une prière adressée au Père, montre que nous avons réellement à supplier Dieu de nous conduire. Ce dont il s’agit, c’est que Dieu précède son peuple pèlerin sur la terre, comme il l’a fait dans l’ancienne alliance, lorsqu’il précéda son peuple dans la colonne de fumée et dans la colonne de feu. Il faut que l’unité de l’Église en Jésus Christ, telle qu’elle nous est donnée, mani­feste sa puissance sur la terre et sa réalité dans l’attitude con­crète des chrétiens et de leurs Églises, de manière à devenir transparente. Il y a donc quatre choses à constater dans Jean 17 :

1° L’unité des disciples et de l’Église, mentionnée trois fois expressément dans ce passage, est chaque fois mise en parallèle avec l’unité du Christ avec le Père ; et chaque fois, elle est mise en relation directe avec cette unité du Fils et du Père. L’unité surnaturelle du Père et du Fils est le modèle et le fondement de l’unité qui nous est donnée dans le monde. Le verset 11 dit, à propos des disciples : « Père saint, garde en ton nom ceux que tu m’as donnés, afin qu’ils soient un comme nous ». S’ils pour­suivent leur route au nom de Dieu et s’y maintiennent, ils parti­cipent au corps de Christ comme ses membres et comme tels, ils participent à l’unité du Chef, Jésus-Christ, avec son Père. Au verset 21, il est dit, à propos de l’Église future : « Ce n’est pas pour eux seulement que je prie, mais encore pour ceux qui croiront en moi par leur parole, afin que tous soient un, comme toi, Père, tu es en moi et comme je suis en toi, afin qu’eux aussi soient un en nous ». La foi en Jésus introduit toute la chrétienté à venir sur la terre dans l’unité que Jésus possède avec son Père. Au v. 22 : « Je leur ai donné la gloire que tu m’as donnée, afin qu’ils soient un comme nous sommes un – moi en eux et toi en moi. » Le fait que nous puissions voir sa gloire, la gloire du Fils unique venu du Père, fait que nous sommes englobés avec lui dans l’unité avec Dieu, parce qu’il vient de Dieu et que toutes ses œuvres sont issues de Dieu, selon sa requête au Père : « Qu’ils soient un en nous » (v. 21). Il s’agit d’une unité semblable à celle de deux personnes liées l’une à l’autre par ce qu’elles ont de plus profond.

2° La demande explicite de Jésus, que tous soient un (v. 21), fait entrer toute la chrétienté terrestre – dans toute son étendue spatiale et temporelle – dans cette unité, en tant que corps du Christ et oblige ainsi tous les chrétiens à se considérer comme unis entre eux. Des origines de l’Église jusqu’au jour du jugement dernier, toutes les générations auront à se considérer comme unies dans la communion de leur Seigneur, dans leur foi en leur Seigneur, dans leur témoignage rendu au Seigneur et leur service de ce Seigneur. De même, chaque génération, dans tout pays et en tout lieu, doit se savoir unie dans le cadre de son existence. Car le Père est uni au Fils et le Fils est uni à son Église ; et parce que le Fils est en tous, il les constitue tous dans l’unité.

3° Cette unité doit servir de témoignage devant le monde. Ils reçoivent l’unité de leur Seigneur « pour que le monde croie que tu m’as envoyé ». L’unité qui reflète la communion du Père et du Fils doit devenir visible et reconnaissable dans la vie concrète des chrétiens, dans les relations entre confessions et entre mem­bres, dans leur action au sein du monde. Toute faiblesse et toute souillure de cette unité en Christ jette la confusion sur le fait que la chrétienté possède l’amour du Père. De même que nous ne pou­vons attester devant le monde l’amour que Dieu nous a témoigné qu’en vivant de cet amour, en pensant, en parlant, en agissant dans cet amour, de même nous ne pouvons manifester cette unité avec Dieu et avec le Christ, telle qu’elle nous est donnée, qu’en vivant de cette unité, en pensant, en parlant, en agissant dans cette unité.

4° Au v. 23, Jésus parle encore de l’unité parfaite. Comme tout ce qui est parfait elle appartient à la vie nouvelle du royaume de Dieu. Mais maintenant déjà, au cours de notre pèlerinage du temps vers l’éternité, nous vivons de l’espérance consolante et stimulante que notre imparfaite unité atteindra un jour la per­fection et sera conduite à une unité qui manifestera parfaitement aux yeux du monde entier la gloire de Christ.

Nous devons avoir l’assurance que la prière sacerdotale de notre Seigneur a été exaucée par Dieu. Cela signifie par consé­quent que Dieu est disposé à nous conduire de telle manière que l’unité donnée à son Église manifeste dès aujourd’hui parmi nous sa puissance. Elle opère aujourd’hui déjà dans le monde dans lequel nous vivons, dans ce monde dont Jésus ne veut pas séparer son Église, parce qu’elle a une tâche à y remplir pour le bien même du monde. Elle manifeste sa puissance parmi nous dans le monde imparfait et pécheur, comme tout ce qui est terrestre, auquel nous avons part, dans la tension entre la diversité des membres du corps du Christ, dans la contradiction qui mène à la division des formes terrestres de l’Église, tension et con­tradiction que nous ne parvenons pas à surmonter. Nous aussi, chrétiens actuels, nous devons recevoir les bienfaits de cette unité des disciples avec Dieu, avec le Christ et les uns avec les autres, selon la requête faite par le Christ dans la prière sacerdo­tale. Dans cette unité-là – et non dans quelque tentative d’union que nous nous efforcerions de créer – se trouve pour nous la bénédiction de Dieu. Car toutes les formes imaginables d’unité ecclésiale organique, d’unité d’action ou de convictions ecclésias­tiques, si excellentes soient-elles, ne parviennent pas à créer la communion d’amour entre Dieu, Jésus et les chrétiens dont parle la prière sacerdotale et par laquelle – comme il est dit dans Jean 17, 17 – les disciples sont sanctifiés par la vérité ; ou comme le dit Jean 17, 26 : « Afin que l’amour dont tu m’as aimé soit en eux et que je sois en eux ».