Formation et recherche Ressources documentaires Fondements de la prière pour l'unité Fondements théologiques de la prière pour l'unité - Perspective orthodoxe

 

7°           Un dernier élément concerne les différentes prières pour l’unité. Elles sont trinitaires parce que toute prière est trinitaire par nature, nous l’avons vu chez saint Jean. Mais la dynamique de l’intercession comporte des mouvements différents qui se complètent. Le quatrième Évangile fait état de l’intercession du Christ auprès du Père pour la descente de l’Esprit de Vérité. L’Épître aux Hébreux nous témoigne du même mouvement d’in­tercession du Grand Prêtre glorifié qui intercède pour nous auprès du Père (He 7, 25). Enfin l’Épître de saint Paul aux Romains, employant le même terme rare « intercéder » (huper) entunkha-nei, interpellare, postulare, qu’utilise Hébreux 7, 25, diversifie les modes d’intercession en appliquant ce terme « intercéder » à la fois au Christ et au Saint-Esprit, dans le cadre du même huitième chapitre. Au verset 34, nous lisons (et c’est bien dans la ligne du quatrième Évangile et de l’Épître aux Hébreux), que « le Christ Jésus... [qui] intercède pour nous ». Mais un peu plus tôt, et cela à deux reprises, cette intercession est attribuée au Saint-Esprit : « nous ne savons que demander pour prier comme il faut ; mais l’Esprit lui-même intercède pour nous en des gémissements inef­fables, et Celui qui sonde les cœurs sait quel est le désir de l’Esprit et qu’il intercède pour les saints conformément aux vues de Dieu » (Rm 8, 26-27).

 

Il est donc question ici d’une double intercession, celle du Christ glorifié, mais aussi celle du Saint-Esprit. Dans la première l’Église se joint à l’intercession du Christ pour implorer la venue du Saint-Esprit et des dons multiples de celui-ci. C’est la forme classique de l’épiclèse pneumatologique. Elle remonte à la théo­logie du quatrième Évangile.

 

Dans la seconde, l’Église reçoit l’Esprit au plus profond d’elle-même, se pénètre intimement de lui par l’effusion de ses dons, de telle sorte que c’est l’Esprit même qui intercède en nous, qui nous fait nous écrier « Abba Père », qui atteste que nous som­mes enfants de Dieu, qui témoigne enfin de la venue du Seigneur Jésus. C’est en l’Esprit que l’Église est Épouse, parée et embellie de ses dons, inspirée et enflammée par l’Esprit dans son attente impatiente du retour du Christ Jésus : « Maranatha, viens, Sei­gneur Jésus Christ ». « L’Esprit et l’Épouse disent : Viens ! que celui qui écoute dise : Viens ! Et que l’homme assoiffé s’approche, que l’homme de désir reçoive l’eau de la vie, gratuitement... » (Ap 22, 17).

 

Toutes les structures, toute la vie de l’Église, sa prière surtout, sont déterminées par cette double médiation au Père : du Fils pour l’Esprit et de l’Esprit pour le Fils, par ce service et ce témoignage mutuels, par cette double présence réelle des deux consolateurs et, en eux et à travers eux, par la rencontre du Père, source et terme de la communion trinitaire de l’Église.

 

Que nos prières communes pour l’unité portent la marque de cette diversité et complémentarité du Fils et de l’Esprit. Dans le cadre traditionnel de la prière au Père, osons dans le Saint-Esprit invoquer le Christ, pour que son intercession dure, osons dans le Christ invoquer le Saint-Esprit dans ces prières que la tradition occidentale ou orientale aime prononcer (Roi céleste ou Veni Creator Spiritus), pour que notre prière d’unité soit vrai­ment sa prière, inspirée, portée par lui, et exaucée en lui, modelée pour ainsi dire dans les « mains » de Dieu.