Formation et recherche Ressources documentaires Fondements de la prière pour l'unité Fondements théologiques de la prière pour l'unité - Perspective orthodoxe

 

5°           En même temps que se produisent ces marques d’amour, la prière doit s’intensifier, la prière dans le secret du cœur et la prière en commun. Il n’y a pas à choisir entre ces deux modes de prière, ils se requièrent et se complètent mutuellement. Il est temps que se développe, à côté des programmes de réunions communes de prière, une éducation de la prière, une orientation de celle-ci vers la demande de l’unité, une spiritualité de la prière pour l’unité, en tous temps et en tous lieux. Oublier cette dimen­sion intérieure de la prière, c’est dévitaliser la prière en commun pour l’unité, c’est lui ôter son aiguillon.

 

Toute prière privée est une prière dans l’Esprit Saint, et elle s’adresse en dernier recours au Père, par le Christ. Elle s’intègre donc aux prières de l’Église, à la prière incessante du Christ lui-même, elle est inspirée et mue par l’Esprit du Christ ; si elle est authentique et vivante, elle implorera la reconstitution de l’unité, à tous les niveaux de cette unité : de l’homme intérieur, réconcilié avec lui-même, de la famille, de la communauté, de la paroisse, de la nation, de la grande famille universelle des hommes, au-delà des préjugés et barrières de langues, classes ou races. Toute prière privée a sa place dans la symphonie liturgique que dirige le Grand Prêtre Jésus lui-même ; la prière est donc par nature eucharistique, liturgique même quand elle est dite ou murmurée dans le seul à seul du dialogue de l’homme avec son Seigneur. C’est ici que l’orthodoxe aimera à rappeler la richesse de la spiritualité orientale traditionnelle de la « prière de Jésus » ou « prière du cœur », qui constitue peut-être le secret et la clef de toute l’expérience de la prière dans l’Orthodoxie.

 

6°           Enfin la prière commune, communautaire a une place parti­culière dans cette symphonie liturgique. Elle est une manifesta­tion, surtout lorsqu’elle unit des chrétiens encore installés dans la séparation, elle est un témoignage que ces séparés, ces excom­muniés mutuels se reconnaissent, se redécouvrent à nouveau com­me frères, comme amis, comme membres de la même famille. Et c’est là que revêt toute sa valeur la prière dominicale, qui est elle-même théologiquement inséparable de la prière sacerdotale. Le Notre Père est une intercession dans le Christ Jésus pour l’avènement du Royaume, la sanctification du Nom de Dieu, l’accomplissement de sa volonté. Tous ces éléments se retrouvent dans la prière sacerdotale. La variante pneumatologique du Notre Père, selon saint Luc (11, 2) est connue aussi : « Que vienne ton Esprit Saint (sur nous) et qu’il nous purifie ». Il est utile de rappeler cette tradition qui remonte certainement aux commu­nautés judéo-chrétiennes primitives (6), et d’en enrichir notre catéchèse du Notre Père. Le Notre Père est normatif de toute prière chrétienne et englobe toutes nos intentions et nos suppli­ques, en les soumettant à la volonté sanctifiante de Dieu : « Si nous prions comme nous devons prier, écrit saint Augustin, nous ne pouvons rien dire d’autre que ce qui est contenu dans cette prière » (7) L’Esprit Saint nous pousse lui-même en ces jours dans une pédagogie, un apprentissage d’unité. Il faut bien préciser que la prière de l’unité est une prière pour l’unité, est une prière des divisés, mais qu’à la fois nous nous y situons dans la prière du Christ, dans sa volonté d’unité, et que cette volonté du Christ est suffisamment grande pour que nous puissions nous y réfu­gier sans crainte.