Formation et recherche Ressources documentaires Fondements de la prière pour l'unité Fondements théologiques de la prière pour l'unité - Perspective orthodoxe

 

3°           À son tour l’Église s’intègre à la prière du Christ pour l’unité. Chaque Eucharistie nous y associe, l’Église porte en elle cette promesse d’indéfectibilité de la présence du Seigneur, donc de sa prière, donc du don de l’unité.

 

C’est du fond du calice eucharistique que l’unité est vécue et proclamée ; c’est autour de l’autel ou de la table de la sainte cène que cette unité se manifeste dans sa plus grande mesure. C’est enfin dans l’impossibilité de l’intercommunion que le drame de la division des chrétiens est ressenti dans sa plus grande inten­sité.

 

Voilà pourquoi l’Eucharistie est un défi à la situation actuelle de l’Église, à son installation dans la division. Elle est un défi à la division des chrétiens, parce que le Christ ne peut être divisé, parce que son Corps, l’Église est une par nature, par promesse, par vocation. La division est donc une absurdité et un scandale ; l’acceptation de celle-ci comme une règle est une contradiction et une trahison à la volonté du Seigneur. Il faut donc prier avec plus d’ardeur pour que le scandale de la division soit surmonté à la base et à l’origine, dans le sacrement même de l’amour et de la communion, pour que l’unité soit réalisée dans sa pléni­tude visible dans le sacrement de l’Eucharistie, unité visible, telle que le Christ la veut et par les moyens qu’il voudra.

 

L’Église s’associe à la volonté d’unité du Christ : au « je veux » du Seigneur répond un « je veux » de l’Église. Cette volonté ecclésiale d’unité se situe dans la prière : elle reflète d’une part l’impatience et la souffrance de toutes les divisions humaines dans l’Église ; d’autre part, elle rappelle la confiance et la certi­tude inhérentes à l’intercession chrétienne et aussi la réalité du don de l’unité dans l’Église à travers les temps, malgré les divi­sions et les schismes renouvelés, mais incapables de compro­mettre définitivement les promesses de la Nouvelle Alliance.

 

C’est à ce propos qu’on peut se demander même s’il y a lieu de prier pour l’unité de l’Église, puisque cette unité est indéfecti­ble, et que la prière du Christ ne concernerait que l’unité des disciples, des chrétiens individuels. En réalité, le chrétien n’est pas isolé, ni coupé d’un contexte communautaire, et ce condition­nement communautaire détermine grandement son comportement tant intellectuel qu’affectif. L’estrangement d’abord, puis la division ne concernent pas seulement des individus isolés, mais des organismes ecclésiaux constitués, établis, vivants. L’affronte­ment et les péchés de discorde concernent autant les commu­nautés locales, régionales, ethniques, continentales que les indi­vidus. Dans la mesure où l’Église s’organise en fonction des cadres de ces communautés, et où elle est incapable de s’élever au-dessus des querelles partisanes, elle est elle-même solidaire des divisions. Ainsi, les divisions des chrétiens tendent toujours à la division de l’Église. Néanmoins, la présence de l’Esprit Saint dans l’Église permet de ne pas considérer ces barrières comme infranchissa­bles et offre une espérance inébranlable de redécouverte de l’unité visible et tangible, même et surtout pour le monde.

 

4°           C’est ici qu’il faut souligner que toute prière commune pour l’unité, toute manifestation commune d’amour, tout geste com­mun de solidarité, d’entraide, de miséricorde, toute recherche d’approfondissement des traditions respectives sont autant de préparations de l’acte final de « communion eucharistique », s’inscrivent comme autant de gestes, d’efforts à contre-courant des forces de dispersion et d’estrangement, vont tous dans le sens de la prière du Seigneur pour l’unité, sont aussi le fruit de cette prière, le signe de la présence des dons de l’Esprit Saint.

 

Il faut multiplier et varier les gestes, les actes, les manifesta­tions d’unité, habituer les chrétiens à prier ensemble, à réfléchir dans un langage commun, à vivre en frères, en un mot réappren­dre à aimer, selon la parole de l’Apôtre : « Si quelqu’un, jouis­sant des richesses du monde, voit son frère dans la nécessité et lui ferme ses entrailles, comment l’amour de Dieu demeurerait-il en lui ? » (1 Jn 3, 17). Ces gestes d’amour doivent déborder de la communauté locale, ils doivent dépasser même le cadre de plus en plus restreint et « minoritaire » et aussi de plus en plus « nanti » de la chrétienté, afin de partager le pain, le vin et l’huile, les dons naturels de Dieu à l’homme, de les partager dans leur usage immédiat avec ceux qui ont faim et soif.