Formation et recherche Ressources documentaires Fondements de la prière pour l'unité Fondements théologiques de la prière pour l'unité - Perspective orthodoxe

 

II

 

Nous pouvons tirer quelques conclusions de cette réflexion théologique sur Jean 17.

 

1°           La seule prière explicite pour l’unité des chrétiens dans les Évangiles est celle que le Christ lui-même éleva au Père à un moment et dans des termes d’une solennité particulière. Cette prière pour l’unité est inséparable de l’intercession perpétuelle du Christ pour son Église. La proximité et le lien interne de la Prière sacerdotale et du Discours des Adieux soulignent la dimen­sion pneumatologique de la Prière Sacerdotale elle-même. Le fondement de l’Église, de son être, de sa sainteté, de son unité, ce fondement est bien trinitaire, et non seulement christocentrique, il découle du Père, il est demandé et donné par le Fils, il est vécu et accompli dans la plénitude et la diversité des dons de l’Esprit Saint. Une étude attentive des épîtres pauliniennes nous fournirait une confirmation de ce fondement trinitaire de l’Église, que nous avons dégagé du quatrième Évangile, en démon­trerait en particulier la dimension pneumatologique, parfois négli­gée, que la tradition de l’Église ancienne indivise, orientale ou occidentale a vécue avec une telle intensité, dans sa catéchèse comme dans ses confessions de foi. Il est bon de rappeler cette perspective trinitaire de la prière ecclésiale pour l’unité, dans un temps où le mouvement œcuménique tout entier redécouvre le fondement trinitaire de la foi chrétienne, et où le Conseil œcumé­nique des Églises a accepté à New-Delhi en 1961 de donner une base trinitaire à sa confession de foi commune. C’est dans la lex orandi que doit être mise en application la lex credendi que le COÉ s’est reconnue, afin que la confession de foi devienne aussi témoignage de vie. En effet toute la vie de l’Église découle de l’unité essentielle des Personnes trinitaires, de l’unité divine d’amour, et c’est dans la conformation à cette unité trinitaire que l’Église (et les chrétiens en elle) réalise sa plénitude de vie et de témoignage.

 

2°           Les dons du Saint-Esprit, parmi lesquels nous trouvons l’unité, l’amour mutuel, ces dons sont l’exaucement de la prière du Christ Jésus. Ces dons sont indivisibles et forment une condition totale et organique de l’avènement du Royaume de Dieu, de sa présence dans le monde qui est encore plongé dans les cadres de cet éon. L’unité est inséparable de la sainteté, de la sanctification par le Père. Cette consécration, cette mise à part est liée à son tour à la réception de la Parole de Dieu, qui est Parole de Vérité. C’est donc aussi à travers la connaissance du Père, dans son Fils, par l’Esprit de Vérité que nous est octroyée la vie éternelle (Jn 17, 3). Cette connaissance est impossible sans l’accomplissement du commandement nouveau, celui de l’amour. Les fruits de cet amour et de cette vie nouvelle dans la présence du Consolateur, c’est la paix du. Christ, c’est sa joie, la joie paradoxale de la séparation qui saisit les disciples au retour du Mont de l’Ascen­sion, quand ils retournèrent au Cénacle pour y attendre l’avènement de la Promesse, l’effusion du Paraclet. L’achèvement et la. plénitude eschatologique de cette vie nouvelle, c’est la gloire du Christ, celle qu’il a reçue de son Père, celle aussi qu’il donne en contemplation (en participation, dirions-nous) à ceux que le Père lui a donnés (Jn 17, 24).

 

Tel est donc le cadre vivant et global de cette unité pour laquelle le Christ a prié avant sa Passion, pour laquelle il ne cesse de prier auprès du Père, unité dont il nous accorde le don, dont il renouvelle la force dans le don du Saint-Esprit perpétué dans l’Église d’Eucharistie en Eucharistie.

 

L’unité dont le Christ fait don à son Église et qui constitue le fruit toujours renouvelé de son Intercession glorieuse, cette unité est donc un aspect d’une condition totale de participation à la vie de l’Esprit, aux dons multiples de celui-ci dont le Discours des Adieux et la Prière Sacerdotale nous ont fait état. Dans notre propre recherche et dans notre prière pour l’unité, il est bon de ne pas perdre de vue ce contexte « charismatique » de l’unité, et de se souvenir que c’est dans la mesure d’une ouverture totale à la grâce, à la lumière et à la paix de Dieu que l’unité s’imposera comme une réalité déjà vécue et donnée. L’unité chrétienne doit enfin vouloir se matérialiser, se vérifier dans les éléments de la foi, dans les structures de l’Église, dans le témoignage primor­dial de l’Église qu’est son amour, non seulement dans l’eschaton, par la foi, mais dans l’histoire, dans la vision.