Formation et recherche Ressources documentaires Fondements de la prière pour l'unité Fondements théologiques de la prière pour l'unité - Perspective orthodoxe

 

2°           Jean 17 est une prière de supplication, chargée d’une puis­sance infinie d’amour filial et d’obéissance, d’ardente certitude, mais aussi d’exigence, de volonté de l’exaucement de sa prière en faveur des disciples qui demeurent dans le monde. L’interces­sion a commencé, elle monte déjà vers le Père, elle continuera durant la Passion ; la Résurrection en marquera la puissance. La Pentecôte, en montrera l’exaucement pour tout le temps de l’Église. Cette intercession est aussi l’objet de la grande et glorieuse liturgie céleste, accomplie par l’unique Grand Prêtre et Médiateur et représentée et vécue dans la multiplicité des litur­gies eucharistiques de l’Église durant son devenir historique. Chaque Eucharistie est à la fois un mémorial de l’œuvre totale de la Rédemption, de la Pâque souffrante et glorieuse du Christ, de son intercession céleste permanente, une action de grâce, pour l’œuvre de notre salut, une supplication pour que les dons de l’Esprit de la Pentecôte continuent à se déverser dans les cénacles de nos assemblées eucharistiques. Dans ce mémorial eucharis­tique l’intercession sacerdotale du Christ est présente, elle se continue, elle s’accomplit, s’exauce. C’est ainsi qu’un lien intime et organique unit l’intercession céleste du Christ, inaugurée après la Dernière Cène à l’intercession eucharistique de l’Église en tout temps et en tout lieu où cette Eucharistie est célébrée. Il nous faut rappeler ici ce lien pour montrer combien l’Eucharistie constitue, par sa nature même, dans le temps de l’Église, la prière par excellence où l’Église continue la prière du Sauveur pour les croyants, ou plutôt où l’Église intègre sa prière et les prières des communautés locales à l’unique Prière qui a accès auprès du Père et qui est entendue et exaucée par lui.

 

3°           L’intercession sacerdotale du quatrième Évangile est donc l’épiclèse par excellence, celle qui se continuera dans la supplica­tion céleste (Jn 14, 16) et qui culminera dans l’envoi du Paraclet, de l’Esprit de vérité qui procède du Père. Tout le discours des adieux constitue une préparation des disciples au départ pro­chain du Maître. Mais la tristesse de la séparation se transfor­mera en joie, et « votre joie, nul ne pourra vous la ravir » (16, 22). Cette séparation est nécessaire : « La tristesse remplit vos cœurs... pourtant, je vous dis la vérité : il vaut mieux pour vous que je parte ; car si je ne pars pas, le Paraclet ne viendra pas à vous ; mais si je pars, je vous l’enverrai » (16, 6-7).

 

L’Esprit Saint n’est pas toujours mentionné explicitement par son Nom. Mais la promesse du Paraclet est bien au centre du Discours, des Adieux. La venue du Paraclet est préférable à la présence de Jésus « selon la chair » parmi ses disciples. Le Para­clet demeure en eux (Jn 14, 16-17), il leur enseignera toute chose et les fera se ressouvenir de tout ce que Jésus leur a dit (14, 26). La connaissance des disciples est encore partielle avant la venue de l’Esprit de Vérité que Jésus leur enverra du Père. Le Paraclet leur révélera le visage de Jésus, et en lui, le Nom du Père. Cette révélation est une « consolation ». C’est dans le contexte de cette « consolation » du Saint-Esprit que nous devons comprendre tou­tes les promesses d’avenir du Discours des Adieux, concernant la joie parfaite, le don de la paix, la révélation par la connaissance et la vision, la présence de Jésus et du Père dans ceux qui gar­dent la Parole de Dieu (Jn 14, 23), la victoire sur le monde, acqui­se par le Christ lui-même (16, 33). Il n’est pas question du Saint-Esprit d’une façon systématique ou explicite dans la formulation de ces promesses, mais il est impossible de dissocier le don de l’Esprit de cette imminence de la force, du courage, de la joie, de la paix, de la connaissance parfaite. C’est tout cela l’œuvre de l’« autre Consolateur » celui qui révèle le Christ, celui dont le Christ est à la fois le Précurseur et le Donateur.

 

Dans la Prière Sacerdotale, le nom du Saint-Esprit n’est pas prononcé, mais il est présent à chaque moment de cette ardente supplication. La Prière Sacerdotale est encadrée par le thème de la gloire ; celle-ci avait déjà préludé au Discours des Adieux (13, 31-32). La gloire johannique est la gloire du Père, celle que le Fils avait auprès de lui avant que le monde fût (17, 1-5). Mais ce n’est pas une gloire solitaire dont le Christ jouit auprès du Père, mais une gloire débordante, dont participeront les disciples du Christ : « Père, ceux que tu m’as donnés, je veux qu’où je suis, ils y soient aussi avec moi, afin qu’ils voient ma gloire... » (17, 24). La glorification temporelle du Christ passe par la Passion, elle est la condition du don de l’Esprit Saint (7, 37-39).

 

La Prière Sacerdotale rappelle le départ de Jésus ; ce départ est nécessaire, et préférable pour les disciples, afin que vienne sur eux le Paraclet, l’Esprit de la Consolation. C’est ainsi que les demandes de la joie parfaite (17, 13), de la consécration ou de la sanctification des disciples dans la Vérité doivent et peuvent être interprétées en relation à la Promesse du Consolateur. De même la prière pour la connaissance du nom du Père et la par­ticipation à l’amour dont le Père a aimé le Fils sont autant de signes visibles, de fruits de la présence de l’Esprit Saint. Nous pouvons en conclure avec certitude que tout le dynamisme de la prière sacerdotale, le mouvement même d’intercession du Média­teur est orienté vers la venue de l’autre Consolateur et qu’une relation intime profonde s’établit entre la Personne de l’Esprit Consolateur et tous les dons que Jésus invoque en faveur de ses disciples.