Formation et recherche Ressources documentaires Fondements de la prière pour l'unité Fondements théologiques de la prière pour l'unité - Perspective orthodoxe

 

 

I

Parmi les paroles et prières du Christ rapportées par les quatre Évangélistes, la « prière sacerdotale » est la seule prière expli­cite du Seigneur pour l’unité des chrétiens. Sa place particulière dans le quatrième Évangile – entre le Discours des Adieux et la trahison de Judas, puis la Passion – rehausse son importance exceptionnelle dans la structure de l’Évangile, telle que l’a conçue l’Évangéliste. Ailleurs aussi, la préoccupation de Jésus pour l’unité se manifeste (2) . La prière en commun de deux ou trois est agréable au Père céleste et la présence de Jésus y est assurée (Mt 18, 19-20). La parabole du Bon Pasteur se conclut dans une promesse d’unité du troupeau autour du seul Pasteur (Jn 10, 16). Jésus est lui-même le Bon Pasteur (10, 11), il donne sa vie pour ses brebis (10, 11). Il la donne de lui-même, accomplissant ainsi l’ordre qu’il a reçu de son Père (10, 18). La parabole du Bon Pasteur rapproche déjà l’unité du troupeau de la mort du Pas­teur. Tel est le prix de l’unité que le Bon Pasteur versera. Enfin la prophétie involontaire du grand prêtre en exercice, Caïphe, rappelle aussi, dans une continuité remarquable avec l’intention de l’Évangéliste, que « Jésus devait mourir pour la nation, et non seulement pour la nation, mais encore pour rassembler dans l’unité les enfants de Dieu dispersés » (Jn 11, 51-52).

 

C’est dans la prière sacerdotale que le souci de Jésus de l’unité de ses disciples se manifeste avec une intensité inégalée, non plus dans l’enseignement ou les paraboles, mais à la pointe même de la révélation évangélique, dans la prière solennelle pour l’Église. Je ne puis m’engager ici dans une analyse détaillée du chapitre 17 du quatrième Évangile. Je renvoie pour cela à la méditation du P. M. Villain, La prière de Jésus pour l’unité chrétienne (Casterman, 1960), inspirée par l’abbé Couturier. Pour notre propos, je me limiterai à quelques remarques d’ensemble sur la Prière Sacerdotale.

 

1°           La prière de Jésus avant sa Passion en Jn 17 revêt une importance exemplaire et unique dans l’axe de la méditation sacerdotale de Jésus pour le monde (3). Elle se situe déjà à l’intérieur de la gloire divine qui appartient au Verbe de Dieu de toute éternité, qui est cachée dans la nature humaine du Christ, dès 1’Incarnation, anticipée dans des moments d’élection, tels la Transfiguration, accomplie à travers la voie d’obéissance totale de la Passion, manifestée dès la Résurrection dans le corps transfiguré du Christ, le Seigneur, resplendissante en lui dans sa session glorieuse à la Droite du Père, d’où Il reviendra avec gloire juger les vivants et les morts. Tout le discours des Adieux nous situe dans le cadre de cette glorification déjà accom­plie et encore à parfaire (14, 31-32), glorification de la Croix et de l’exaltation céleste. L’intercession constitue un aspect primor­dial de la fonction du Médiateur ; elle recouvre toute la vie ter­restre du Sauveur, sa Passion, son agonie sur la Croix, enfin, selon la théologie de l’Épître aux Hébreux et du quatrième Évan­gile, elle se continue dans la gloire de la Session à la Droite du Père, au sein du sanctuaire céleste : « ... le Christ est entré dans le ciel lui-même, afin de paraître maintenant devant la face de Dieu, en notre faveur » (He 9, 24), « ... toujours vivant pour intercéder en leur faveur » (7, 25). « ... je prierai érôtèsô, rogabo le Père, et Il vous donnera un autre Paraclet... » (Jn 14, 16, etc.).

 

Ainsi, l’intercession céleste du Christ glorieux prend son origine dans la supplication terrestre de l’humiliation et de l’obéissance. Inversement, cette supplication terrestre se perpétue et constitue la substance de la méditation céleste du Seigneur glorifié (cf. Rm 8, 34 : « le Christ Jésus, mort... ressuscité, qui est à la droite de Dieu, il intercède pour nous »).

 

L’Évangéliste nous entrouvre ainsi un aspect du mystère de l’intimité des personnes divines, de l’amour qui gonfle et qui brûle le cœur de Jésus.