Formation et recherche Ressources documentaires Fondements de la prière pour l'unité Fondements théologiques de la prière pour l'unité - Perspective catholique

3° La proposition du P. Boyer, même sous sa forme la plus large, suppose que les chrétiens n’aient pas tous la même for­mule de l’objet d’une prière qu’ils doivent cependant faire ensem­ble. L’immense progrès accompli par l’abbé Couturier par rapport au P. Wattson a consisté en ce qu’il a permis que tous les chré­tiens priassent ensemble. Ce résultat presque miraculeux n’a pas été obtenu sans difficulté. Il y a eu des réticences, des objections, venant précisément, chez les protestants, de la crainte d’être entraînés à prier dans un sens catholique – confessionnel. On n’a vaincu les réticences, surmonté les difficultés, qu’en expliquant patiemment dans quel esprit, de quelle façon, nous entendions « la Semaine d’universelle prière pour l’unité ». De fait, les pro­grès de l’œcuménisme, l’immense préparation positive dont ont profité en ce domaine Jean XXIII et le Concile, sont dus en très grande partie à la célébration de cette Semaine selon la formule et dans l’esprit de l’abbé Couturier. De fait, ces progrès seraient arrêtés et feraient place à la régression si une autre formule était substituée à celle-là. La chose est certaine, au moins pour la France.

Pour notre part, nous ne voyons pas de raison pour une telle substitution. D’un côté, en effet, la formule de l’abbé Couturier n’offre réellement aucun danger sérieux d’affaiblissement des convictions ecclésiologiques chez les catholiques. C’est une ques­tion de formation et la Semaine, ainsi que les rencontres œcu­méniques, est, pour cela, une excellente occasion, généralement bien mise à profit. D’un autre côté, ce que nous avons dit de la prière en général, de la prière de Jésus en particulier, trouve parfaitement sa place dans la formule « l’unité que Dieu voudra par les moyens et les voies qu’il voudra ». Je communie ainsi au dessein de salut de Dieu et à la prière de Jésus pour l’unité, en ce qu’ils englobent des cheminements historiques ignorés de moi. Je m’ouvre, je m’offre à servir ce dessein, selon que la vérité me révélera ses exigences et ses voies : c’est la loi même de la fidélité œcuménique. J’épouse le dessein de Dieu, quel qu’il soit en ses détours concrets : Que ton règne vienne ! Que ta volonté soit faite ! Ut omnes unum sint ! Si prier consiste à vouloir quelque chose en une condition subordonnée à une décision souveraine, et ainsi à le demander, coopérant ainsi à l’exécution du dessein de Dieu, ma prière pour l’unité se déploie parfaitement à l’aise selon la formule de l’abbé Couturier. Elle ne me fait rien abdi­quer de mes convictions dogmatiques mais elle respecte le mys­tère de ce que Dieu pense de la Réforme et même de l’Église catholique en sa réalité historique.
Je passe de ma prière la plus ordinaire et la plus générale à cette prière particulière sans rien changer à ce que je fais constamment, car ma prière consiste simplement à adhérer à la volonté de Dieu et ainsi, de mon mieux, à faire que Dieu soit Dieu !