Formation et recherche Ressources documentaires Fondements de la prière pour l'unité Fondements théologiques de la prière pour l'unité - Perspective catholique

Sa formule nous semble, par contre, avoir trois inconvénients.

1° Elle spécialise trop la prière, elle limite trop le processus de restauration de l’unité, que vise la prière en question, même si elle est faite seulement par des catholiques. Cette restauration exige bien autre chose que le retour des dissidents, et ce n’est pas pour rien que le chap. II d’Unitatis redintegratio commence par la rénovation de l’Église et la conversion du cœur. De plus, s’agissant des mouvements de l’histoire, nous sommes si peu assurés que nos vues coïncident avec celles de Dieu que, dans notre prière pour l’Unité, nous ne pouvons nous unir à la prière de Jésus qu’en réservant l’inconnu de son jugement. Je ne sais qu’à certains égards « ce que Dieu pense de la Réforme », pour reprendre une formule de G. Marcel (23). Si l’on tenait absolument à préciser l’intention de la prière pour l’unité dans le sens que demande le P. Boyer, il faudrait formuler cette intention d’une façon qui suggère une unité dynamique, ouverte au dépassement de ses propres formes historiques, dans la ligne de ce que suggère Max Thurian (24). Thurian montre que l’existence d’une unité donnée n’empêche pas qu’on ne doive chercher (la prière est une forme de cette recherche) une unité pleinement englobante, qui s’enrichit et qui progresse (25). Mais ceci pourrait s’accorder avec une formule Boyer élargie.

2° On peut se demander si, sous la dualité de formulation des intentions de la prière, ne se cache pas une différence dans la conception de l’œcuménisme. Celui-ci est autre chose qu’une apo­logétique confessionnelle irénique, autre chose qu’un effort pacifique et amical de convertir les autres à soi. Une apologétique irénique part de la certitude confessionnelle et veut y attirer les autres : le catholique reste chez lui et invite les autres à le re­joindre. L’œcuménisme part de la situation actuelle de désunion dans laquelle cependant existe déjà (encore) une certaine communion, ainsi que ne cessent de le dire tous les documents de Vati­can II et S.S. Paul VI. Il vise à retrouver, à partir de là, la pleine communion (dont nous pensons et ne cachons pas qu’elle devra être communion avec la Cathedra Petri). L’œcuménisme se déploie dans le provisoire historique qui va de la désunion ou communion imparfaite à la communion parfaite, il se déploie dans la recherche ensemble par la voie du dialogue et d’une cer­taine activité chrétienne commune, ce second aspect s’avérant aujourd’hui devoir prendre un développement nouveau et pro­metteur. On n’est pas installé au terme : on va, dans la fidélité quotidienne soutenue par la prière. Si l’œcuménisme des catho­liques prend sa place dans celui de tout le monde – option prise dès le titre du chap. Ier du décret UR –, il se situe dans l’ordre de la recherche, laquelle laisse intactes nos convictions ecclésiologiques : la Vérité doit être assez forte pour faire sa propre preuve. La prière selon la formule de l’abbé Couturier semble correspondre à cette condition et à cette conception du travail œcuménique.