Formation et recherche Ressources documentaires Fondements de la prière pour l'unité Fondements théologiques de la prière pour l'unité - Perspective catholique

3. Notre prière pour l'unité dans la conjoncture présente de désunion

a) Jésus, participant au culte synagogal à Nazareth, après avoir lu un passage du prophète Isaïe, dit : « Aujourd’hui s’accomplit à vos oreilles ce passage de l’Écriture » (Lc 4, 21). C’est le modèle de ce qui s’opère dans l’Église et qui est un exercice, une actua­lisation de ce qui a été annoncé ou institué dans la période cons­titutive de l’histoire du Peuple de Dieu. Le décret Unitatis redintegratio présente la prière pour l’unité comme l’acte de « renou­veler la prière demandant l’unité de l’Église, celle que le Sauveur lui-même la veille de sa mort, a élevée de façon suppliante vers son Père : Qu’ils soient tous un ! (Jn 17, 21) » (15). La prière pour l’unité, surtout si elle reprend les termes mêmes de Jn 17, actualise dans le temps et dans le Corps du Christ la prière même que notre Chef a prononcée. D’une façon plus forte encore quand un prêtre qui, comme tel, est un signe du Christ et représente sacramentellement le Christ, célèbre la Messe votive pour l’unité et prononce, à l’Évangile, les paroles de la Prière du Seigneur, il actualise cette prière. Un peu comme il ne consacre que par la vertu du « Ceci est mon corps » pro­noncé une fois par Jésus, à la Cène, un peu comme nous ne pou­vons dire « Notre Père » que dans la vertu des paroles qui nous l’ont appris et de celles qui nous ont dit « Mon Père et votre Père » (Jn 20, 17, cf. 2 Co 11, 31; Ep 1, 3 et 17; 3, 14; 1 P 1, 3), un peu comme le Dominus vobiscum liturgique est prononcé dans l’assurance de la promesse que Jésus nous a faite d’être toujours avec nous (16) : nous prions pour l’unité dans la force de la prière du Seigneur que nous actualisons dans l’his­toire.


b) Une histoire qui est celle de l’Église en sa fidélité et sa continuité, mais aussi celle du Peuple de Dieu en ses fautes, ses limites, ses obscurités, ses défaillances, l’histoire de nos divisions. Au sujet des scissions aussi, saint Paul a employé le verbe dei, « oportet, il faut » (1 Co 11, 19), indiquant par là qu’elles ont leur place dans le plan concret de salut (17). C’est dans la conjoncture, d’un côté de nos divisions, d’un autre côté de l’œcuménisme, donc dans cette conjoncture spécifique de drame et de promesse, de péché et de grâce, de repentir et d’espérance, que nous actualisons la prière du Sei­gneur pour l’unité des siens. Mais il vaudrait mieux dire que le Saint-Esprit actualise en nous la prière du Seigneur, car c’est Lui qui la prie en nous (cf. Rm 8, 15 et 25 ; Ga 4, 6 ; 1 Co 12, 3).

c) Nous sommes invités par Unitatis redintegratio (no 8, 3) à nous associer pour cela avec nos frères désunis, c’est-à-dire à prier ensemble pour l’unité. Nous voudrions faire deux remar­ques à ce sujet :
1° Cette prière ensemble se pratique, surtout pendant la Se­maine de janvier qui lui est consacrée, depuis une bonne tren­taine d’années. Elle a produit des fruits inestimables et tels qu’on doit voir dans cette pratique une voie ouverte par le Saint-Esprit, le même qui a ouvert la voie de l’œcuménisme. C’est une des plus grandes grâces faites à notre temps. Le P. Paul Wattson (avec Spencer Jones) et l’abbé Paul Couturier occupent une place de choix dans les initiatives qui, par la grâce du Saint-Esprit, jalon­nent et réalisent l’histoire du salut.
2° La prière ensemble représente évidemment une forme de « communicatio in sacris ». Nous ne voulons pas entrer ici dans l’ensemble de cette difficile question. Nous désirons seulement situer théologiquement le type de « communicatio in sacris » qui se réalise dans une telle prière. Ce n’est pas une communion dans les sacrements, pas même dans une action liturgique non sacramentelle. Nous nous référerions volontiers à un texte de S.S. Paul VI que cite le Père T. Cranny (18). Le Pape montre qu’avant d’être vue dans sa réalité historique et juridique, l’Église peut et doit être comprise dans sa relation au plan de Dieu, au « mystère », selon le sens paulinien de ce mot. L’Église ainsi considérée est une parce qu’elle est l’objet de la mission rédemptrice du Christ exprimée dans sa prière suprême, Ut unum sint... Ce dégagement d’un plan intérieur à la réalité his­torique de l’Église nous semble intéresser la question de la « communicatio in sacris » dont il s’agit. C’est une communion sur la base de la foi au Christ qui nous est commune, chrétiens divisés que nous sommes, en la prière, c’est-à-dire en la réalisa­tion du dessein universel de salut de Dieu à laquelle nous adhé­rons dans la foi, l’espérance et la prière. Cela ne donne-t-il pas à cette prière une sorte de statut antéconfessionnel ?

d) Ceci pose cependant une question que nous ne pouvons ni ne voulons éluder. Ce dessein de salut, en effet, s’il est effective­ment la racine cachée et transcendante d’existence de l’Église, n’est pas resté général, transcendant et caché. Il a pris une forme historique et visible : Jésus-Christ, puis l’Église. Tel est le fond de la thèse de Lumen gentium sur l’Église-sacrement universel du salut découlant du Propos du Père et de la Mission du Fils et de l’Esprit. Nous savons quelle forme a prise le propos de salut de Dieu. Dès lors, prier pour sa réalisation revient, pour des catholiques, à prier pour la dilatation de l’Église catholique romaine « en laquelle subsiste » l’Église du Christ et des Apôtres (19).